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La participation citoyenne à l’épreuve des conflits environnementaux : le cas des Agoras du climat dans le Marais poitevin

Ce travail est le résultat d’un stage de Master 2 « Recherches en Commun et Transitions territoriales » de l’Université Lumière Lyon 2. Au cours de ce stage, Amélie Gazats a été accueillie pendant six mois par la Chaire Participations Médiation Transition citoyenne pour participer au suivi-évaluation des Agoras du climat du projet LIFE MARAISILIENCE.

Rappel des objectifs du stage

Le LIFE Maraisilience est un projet européen porté par les six collectivités recouvrant le territoire du marais Poitevin, le Parc naturel régional du marais Poitevin le syndicat mixte de la Sèvre niortaise et La Rochelle Université. Il vise à définir une trajectoire d’adaptation du Marais poitevin au changement climatique d’ici à 2040, en mobilisant les acteurs locaux autour d’une stratégie collective de résilience. L’un des piliers du projet est l’Agora du climat, un espace d’appropriation collective où habitants, associations, élus et experts échangent et co-construisent des propositions pour un territoire résilient. Quatre Agoras sont prévues sur la durée du projet. 
Ce stage a participé à l’évaluation de la première Agora du climat, en prenant part aux processus de construction et de planification du projet (entre février et juin 2026), puis en participant à la première Agora prévue en juin 2026. Il s’est inscrit dans une démarche de recherche-action, à l’interface des sciences humaines et sociales.
Les principales missions du stage visaient à :
  • Construire, en collaboration avec les équipes de la Chaire, le cadre d’évaluation de la première Agora et préparer les outils méthodologiques d’observation et d’évaluation.
  • Collecter les données par la participation aux réunions d’organisation avec les parties prenantes, par l’analyse de la littérature grise disposible, l’observation participante et la réalisation d’entretiens.
  • Traiter et analyser les données d’observation, d’entretiens et documentaires afin d’identifier les forces, limites et enseignements de cette première phase.
  • Restituer les résultats.
Le stage cherchait à écalairer les dynamiques participatives à l’œuvre et la façon dont elles s’insèrent dans la gouvernance territoriale du Marais poitevin.

Résumé du mémoire

Face aux changements climatiques actuelles, de nombreux dispositifs participatifs sont mis en place afin d’associer les citoyens et les acteurs des territoires aux réflexions sur les solutions à apporter pour s’adapter collectivement. Cependant, la participation citoyenne ne permet pas nécessairement de remettre en question les rapports de pouvoir existants ni de prendre pleinement en compte les conflits qui traversent les territoires. Cette question se pose particulièrement lorsque ces dispositifs portent sur des enjeux comme la gestion de l’eau. Le Marais poitevin constitue à ce titre un territoire particulièrement intéressant à étudier, puisqu’il est traversé depuis plusieurs années par des conflits importants autour des usages et de la gestion de cette ressource.
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet LIFE Maraisilience, qui vise à proposer des solutions pour l’adaptation du Marais poitevin à l’horizon 2050. Parmi les différentes actions du projet figurent les Agoras du climat, pensées comme de nouveaux espaces de dialogue permettant de réunir habitants, élus, acteurs socio-économiques et institutionnels autour des enjeux liés au changement climatique. Le stage réalisé s’inscrit dans cette démarche, avec pour mission le suivi-évaluation des Agoras et plus particulièrement de leur première expérimentation. La recherche s’est construite autour de la problématique suivante : Dans quelle mesure la forme de participation proposée par le dispositif des Agoras du climat permet-elle l’émergence du débat public sur les enjeux environnementaux du Marais poitevin et plus spécifiquement sur la question de l’eau ?
Pour y répondre, une approche principalement qualitative a été privilégiée. 21 entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès, d’une part, des acteurs publics impliqués dans la co-construction des Agoras et, d’autre part, d’acteurs engagés sur la question de l’eau, invités et non-invités à participer aux délibérations au cours des deux journées de l’Agora 1 du climat. Ces entretiens ont été complétés par de l’observation participante et par l’analyse de la littérature grise du projet.
L’enquête met d’abord en évidence les limites des dispositifs institutionnels de concertation autour de l’eau. Les enjeux de représentation et la prise en compte inégale des différents points de vue peuvent nourrir une certaine défiance et encourager la recherche de nouveaux espaces de dialogue. La construction de l’Agora du climat a elle-même été marquée par plusieurs difficultés : diversité des acteurs, étendue du territoire, travail à distance, disponibilité limitée des participants et difficulté à définir des objectifs communs. Le cadre de l’appel à projet a également conduit à préciser rapidement la forme du dispositif, alors que ses finalités restaient encore à construire collectivement.
L’enquête montre ensuite que les choix effectués en amont (recrutement des participants, données mobilisées, place accordée aux discours techniques) influencent fortement les échanges. Les conflits autour de l’eau ne sont pas absents de l’Agora, mais ils sont plutôt encadrés que directement mis en débat, afin de maintenir des conditions favorables au dialogue. La première Agora a également montré que le dispositif participatif structure fortement les échanges. L’Agora permet de dialoguer et de formuler des propositions, mais elle ne constitue pas un espace de décision : les élus restent les acteurs décisionnaires. La capacité des propositions à être ensuite intégrées aux politiques publiques reste donc encore à évaluer.
Pour autant, les résultats de l’Agora ne se limitent pas aux propositions produites. Le dispositif favorise l’interconnaissance entre les acteurs, la création de nouvelles dynamiques de travail et la montée en compétence des collectivités en matière de participation. Il constitue ainsi un espace d’apprentissage collectif et contribue à faire émerger progressivement des méthodes de travail communes. Au final, l’Agora du climat apparaît comme une expérimentation de dialogue et de participation sur les enjeux environnementaux du Marais poitevin. Si elle ne permet pas encore d’ouvrir pleinement le débat sur les conflits liés à l’eau ni de transformer directement la décision publique, elle contribue à faire évoluer les relations entre acteurs, les pratiques de concertation et la place accordée à la participation citoyenne dans les politiques environnementales locales.