Skip links

« Faire ensemble » : Les dynamiques de l’engagement bénévole à l’épreuve de la croissance associative

Ce travail est le résultat d’un stage de Master 2 « Gestion Sociale de l’Environnement et Valorisation des Ressources Territoriales » de l’Institut National Universitaire Champollion d’Albi. Au cours de ce stage, Hugo de Meyer a été accueilli pendant six mois par l’association Les Héritiers de la Récup pour étudier l’adaptation des pratiques organisationnelles de cette association dans un contexte d’évolution des formes d’engagement bénévole.

Rappel des objectifs du stage

L’association Les Héritiers de la Récup c’est l’organisation d’ateliers intergénérationnels de sensibilisation à la récupération et au réemploi. Au programme : ateliers bricolage, couture, réparation, cuisine ou jardinage où ceux qui ont des connaissances transmettent à ceux qui souhaitent apprendre. En itinérant sur La Rochelle et l’île de Ré, l’association réalise ces ateliers au sein de structures partenaires (centres sociaux, établissements scolaires…) pour toucher différents publics : enfants, étudiants, personnes en situation de handicap, famille… 
Depuis sa création en mars 2021 par quatre jeunes co fondateur·rices, l’association Les Héritiers de la Récup connaît une croissance constante de l’engagement bénévole. Aujourd’hui, elle compte plus de 70 bénévoles, dont 12 membres au sein du conseil d’administration, et 2 salariées qui accompagnent la coordination des actions. Ce développement rapide témoigne d’une forte dynamique associative et/ou d’un réel engouement pour les valeurs portées par l’association. Dans ce contexte, une analyse approfondie de cette dynamique apparaît essentielle à plusieurs titres :
  • Pour l’association, il s’agit de pérenniser cette dynamique sur le territoire de La Rochelle et de comprendre les leviers et bonnes pratiques qui permettront de réussir l’essaimage du projet sur d’autres territoires.
  • Pour le monde associatif, ce travail contribuera à identifier les conditions favorables à une dynamique associative durable, en apportant des repères transférables à d’autres structures engagées sur des questions sociales et/ou environnementales.
Les principales missions du stage visaient à :
  • Construire et réaliser une enquête sociologique principalement auprès des bénévoles afin d’analyser les motivations, parcours et modes d’engagement.
  • Observer et étudier les formes de coopération entre bénévoles et salariées, les pratiques de gouvernance mises en place, le fonctionnement participatif et le recours à l’intelligence collective
  • Identifier les forces et limites des fonctionnements actuels au regards des valeurs et objectifs portés par l’association, et formuler des pistes d’amélioration.
  • Contribuer à une réflexion plus large sur l’impact du « faire ensemble ».

Résumé du mémoire

Ce travail de recherche s’est donné pour objectif d’analyser une dynamique collective en pleine croissance. Face à l’essor rapide de l’engagement bénévole, l’étude cherche à comprendre comment les pratiques organisationnelles d’une association de transition socio-écologique s’adaptent aux nouvelles formes d’implication et permettent de construire une dynamique collective durable ? Il s’agit notamment d’interroger l’articulation entre la rationalisation logistique nécessaire au développement de structures associatives comme celle des Héritiers de la Récup’ et l’attrait des bénévoles pour la convivialité, l’informalité et l’autonomie dans leurs engagements.
Pour répondre à cette problématique, une enquête sociologique a été menée en croisant plusieurs méthodes : l’observation participante, un questionnaire quantitatif auprès des bénévoles et onze entretiens semi-directifs réalisés auprès de bénévoles et d’une salariée. Cette approche a permis d’étudier les motivations et les trajectoires sociales des membres, leurs modes d’engagement, ainsi que les pratiques de coopération et de gouvernance mises en place au sein de l’association.
Les résultats mettent en évidence deux grandes logiques motivationnelles qui favorisent l’engagement bénévole des personnes rencontrées. L’analyse met en évidence deux grandes logiques motivationnelles : l’une davantage centrée sur les convictions écologiques et environnementales, l’autre sur la recherche de lien social et le partage de savoir-faire. Ces logiques ne sont toutefois pas exclusives : certains bénévoles associent les deux dimensions, tandis que les données du questionnaire montrent que les motivations initiales tendent à rester stables au cours de l’engagement. L’enquête souligne que ces motivations s’inscrivent dans les trajectoires personnelles et de socialisation des individus, l’association constituant ainsi à la fois un espace d’action concrète en faveur de la transition socio-écologique et un lieu de création de lien social, notamment par les échanges intergénérationnels. L’engagement bénévole apparaît également comme une pratique inscrite dans les trajectoires biographiques et les dispositions sociales des individus. Pour certains retraités, il peut notamment constituer une forme de « seconde carrière », permettant de préserver une utilité sociale en dehors du marché du travail. Toutefois, l’enquête montre également que l’accès aux responsabilités reste différencié, les bénévoles en activité professionnelle assumant statistiquement davantage de rôles de gouvernance.
L’étude met également en évidence les limites de la neutralité apparente de l’engagement flexible, qualifié d’engagement « post-it ». Bien que cette formule soit appréciée par les bénévoles enquêtés, elle semble particulièrement adaptée aux cadres, aux enseignants et aux professions intermédiaires, dont le capital culturel et les habitudes professionnelles facilitent ce type d’implication. Ce fonctionnement peut ainsi contribuer à une sélectivité sociale moins visible, en tenant à distance les classes populaires et les personnes moins familiarisées avec des formes d’engagement peu encadrées.
Par ailleurs, la croissance rapide de l’association fait émerger une tension entre les exigences d’efficacité logistique liées à son développement et la préservation de son esprit informel d’origine. Le mémoire souligne également les limites d’une gouvernance qui se veut participative, mais dont la coordination, la mémoire organisationnelle et les compétences stratégiques restent fortement centralisées autour de la coordinatrice et cofondatrice. Pour répondre à ces enjeux, plusieurs pistes d’amélioration peuvent être proposés : créer des espaces de réflexion collective sur les orientations de l’association, diversifier les formes d’engagement pour les rendre plus accessibles, mieux répartir les responsabilités et formaliser des principes communs autour du « faire ensemble ». L’objectif est de consolider durablement la dynamique collective tout en préservant les valeurs de convivialité, de coopération et de participation qui structurent le projet associatif.