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Les mémoires autour du conflit « Méthadoux » : de Villedoux à Sainte-Soulle (2008-2022)

Ce rapport étudie les origines et les raisons de l’émergence et de la persistance du conflit autour du projet de méthanisation collective territoriale « Méthadoux » entre 2008 et 2022 sur les municipalités de Villedoux et de Sainte-Soulle en Charente-Maritime.

Le rapport a été produit par Flandrine Lusson, chercheure postdoctorale pour la Chaire Participations Médiation Transition citoyenne.

Synthèse du rapport

Contexte et objectifs de l’étude

Ce rapport a été commandé en septembre 2025 par la SEnRgies, société d’économie mixte (SEM) spécialisée dans le développement des énergies renouvelables pour réaliser une analyse des mémoires du projet de méthanisation Méthadoux afin d’en retracer l’historique, les origines et les raisons de l’émergence et de la persistance du conflit ayant émergé autour du projet. L’enquête s’est déroulée de novembre 2025 à avril 2026. La démarche méthodologique a compris :
  • Une revue d’article de presse comprenant 162 articles ;
  • Une revue d’articles de magazines municipaux ;
  • Une analyse de 223 documents d’archives (procès-verbaux de conseils municipaux, documents d’urbanisme, documents judiciaires, etc.) ;
  • 11 entretiens avec des acteurs du projet : porteurs initiaux, opposants, acteurs publics intermédiaires et un élu.

Principaux résultats de l’étude

Méthadoux est un projet de méthanisation porté à la base par un collectif d’agriculteurs de Villedoux et de villes alentours, soutenus par différents acteurs publics (Parc naturel régional du marais Poitevin, ADEME, EPCI, Chambre d’agriculture, etc) et privés (Rhodia puis Idex). Ses débuts remontent à 2008 lorsque la première « vie » du projet Méthadoux se développe sur la commune de Villedoux. Il échoue une première fois en 2012, et est redéveloppé à Sainte-Soulle quelques années plus tard, en 2014, sur la zone d’activité Atlanparc, jusqu’en 2025 où il est définitivement abandonné. Il est à ce jour le seul projet de méthanisation ayant tenté de voir le jour sur le territoire de la Communauté d’Agglomération de La Rochelle.
A Villedoux et à Sainte-Soulle, le projet voit naître une opposition structurée en associations. Projet d’abord présenté aux habitants comme un projet local mené par des agriculteurs, l’opposition se structure d’abord autour de la présence d’un industriel, Rhodia Energy, qui arrive dès les débuts du projet en 2009. Dès l’arrivée de Rhodia, le projet change d’échelle et intègre une diversité d’intrants d’origines agricole et non agricole. Les opposants dénoncent un accaparement de ressources au profit d’un industriel et le déficit d’information situé en arrière du projet.
Les porteurs du projet et les membres du Comité de pilotage qui accompagnent le projet ne sont pas encore formés à la mise en place de ce type de projet, naissant à cette période au sein de la région. Le projet évolue rapidement, et change régulièrement. Les acteurs qui le soutiennent manquent d’informations concrètes pour répondre aux questions des habitants concernant les impacts du projet. Les bases sont présentes pour permettre à la contestation sociale de s’immiscer. Le conseil municipal de Villedoux qui soutient le projet au départ, se distancie face à la contestation. Certains membres du conseil municipal soutiennent l’opposition. Les problèmes techniques liés à l’inexistence d’une conduite de gaz à Villedoux contribuent à faire échouer le projet. Trois ans après son démarrage, le projet est donc arrêté une première fois et les porteurs du projet cherchent un nouvel emplacement.
Grâce à l’entretien de relations entre acteurs politiques et agricoles, les porteurs de projet réussissent à contacter plusieurs maires de communes. Le maire de Sainte-Soulle de l’époque souhaite développer sa zone d’activité et accepte que le projet se développe sur sa commune. Comme à Villedoux, les démarches réglementaires débutent avant d’informer la population. Cependant, des représentants de l’association d’opposants de Villedoux décident de prévenir les habitants de Sainte-Soulle de l’arrivée du projet et leurs conseillent de se constituer en association. A peine le projet est initié que les bases d’une nouvelle contestation sociale sont présentes.
Les opposants dénoncent le déficit démocratique autour du projet, son emplacement trop proche des maisons, les risques sanitaires encourus, l’augmentation du trafic routier et l’impact négatif que ce projet aura sur le développement de la zone d’activité qui ne devrait pas, pour eux, devenir une zone industrielle. L’opposition diversifie les modes d’action et mobilise la justice pour s’opposer au projet. La mise en justice arrête le projet pendant plusieurs années. Le projet passe devant plusieurs tribunaux et cours d’appel avant d’être finalement autorisé en 2020. Lors des élections municipales de 2020, un nouveau maire est élu à Sainte-Soulle. L’association d’opposants est relancée, et le maire ne soutient pas le projet. En 2022, le Conseil communautaire de la Communauté d’agglomération de La Rochelle vote pour la vente de la parcelle à la SAS Méthadoux Energies mais fait face à une forte opposition de maires. Les porteurs du projet, malgré la validation du projet, décident de ne pas poursuivre et la SAS est en processus de dissolution.

Les enseignements du projet Méthadoux

L’analyse des articles de presse, des archives et les entretiens donnent à voir un manque d’informations et de participation citoyenne tout au long du projet. Bien que les porteurs de projet aient suivis la réglementation en la matière, ils n’étaient pas pour autant formés à la mise en place de démarche de concertation et de participation, ce qui a été une limite au projet.
La présence d’un acteur industriel et la communication autour de son soutien au projet – bien qu’il ne possédait qu’une partie du capital de Méthadoux – a porté atteinte au projet dès ses débuts. La littérature sur les projets de méthanisation explique en effet qu’un projet de méthanisation gagne à être porté par des acteurs du territoire, et à être développé de telle sorte que les bénéfices et profits retournent au territoire. Dans le cas de Méthadoux, ces éléments n’ont pas été répondus ou n’ont pas été suffisamment communiqués comme tels à la population, ouvrant la voie à une opposition défendant les intérêts du territoire.
Entre les acteurs, porteurs et opposants, le dialogue a rapidement été rompu. Construit en partie à Villedoux sur des conflits historiques entre habitants au sein d’un village où la promiscuité est forte et le renouvellement de la population est relatif, ces conflits se sont insérés dans le projet, laissant place à des jugements interpersonnels qui n’avaient pas de liens directs avec le procédé de la méthanisation. La crainte ensuite de revoir le conflit se mettre en place à Sainte-Soulle n’a pas encouragé la mise en place d’une démarche de dialogue avec les citoyens, ouvrant la voie, là encore, à la constitution d’un argumentaire contre le projet et son imposition sans l’aval de la population. La proximité entre acteurs politiques et agricoles, qui se retrouvent par ailleurs au sein de comités de structures diverses (Conseil communautaire, chambre d’agriculture, Parc régional du marais poitevin), a attisé le sentiment d’un projet imposé par le politique, développé à « huit clos », lorsque les impacts et nuisances toucheront directement les habitants.
Du début à la fin du projet Méthadoux, ce n’est pas directement la technique en arrière du projet qui a été dénoncée – bien que la taille des installations, le volume et type d’intrants aient été critiqués par les opposants. C’est surtout la méthode utilisée pour mettre en place le projet et le type d’acteurs impliqués qui ont été à la source de la mobilisation sociale. Tout au long de ce projet, un ensemble de facteurs sociaux et politiques l’ont impacté. La prise en considération de ces facteurs est centrale pour la mise en place de ce type de projets. Méthadoux est un « cas d’école » qui invite à prendre en considération l’importance d’une inscription territoriale cohérente, la nécessité de construire des relations de confiance entre acteurs, et le rôle central de la participation citoyenne dans la réussite des projets.
Au regard de ces résultats, plusieurs enseignements peuvent être proposés :
  • Engager la concertation dès l’amont du projet, avant même la définition de ses caractéristiques techniques, afin de construire une vision partagée ;
  • Renforcer la transparence de l’information, en explicitant les choix, les contraintes et les incertitudes ;
  • Adapter les projets aux spécificités locales, en tenant compte des caractéristiques sociales, économiques et paysagères du territoire ;
  • Valoriser les bénéfices locaux, en démontrant l’intérêt du projet pour le territoire et ses habitants ;
  • S’appuyer sur les collectivités ou acteurs intermédiaires comme acteurs médiateurs, capables de structurer le dialogue et d’articuler les différentes échelles d’action.