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Entre utopie écocitoyenne et stigmate de l’écoterrorisme : transition écologique citoyenne dans le Marais poitevin et ambivalences de l’action publique

Ce rapport est le résultat d’un stage de Master 2 « Politiques européennes et action transnationale » de l’Institut d’Études Politiques d’Aix en Provence. Au cours de ce stage, Ambre Bernard a été accueilli pour une période de 6 mois au sein du Parc naturel régional du Marais poitevin. Ce stage a fait l’objet d’un co-encadrement par le Parc naturel du Marais poitevin et la Chaire Participations, Médiation, Transition citoyenne de La Rochelle l’Université.

Contexte du stage

Le Parc naturel régional du Marais poitevin oeuvre pour la sauvegarde, la restauration et la valorisation du Marais poitevin, dans une dynamique de développement durable. Le Parc naturel régional du Marais poitevin c’est 204 822 hectares et 280 765 habitants, répartis sur 92 communes, 8 EPCI, 3 Départements et 2 Régions.
A la demande des membres de la commission énergie-climat du Parc, et en prévision d’un projet européen Life Gouvernance Climat, le Parc Naturel Régional du Marais poitevin envisageait la mise en place d’un observatoire des pratiques, projets et initiatives, à la fois publics, privés et citoyens, en matière de transition climatique à l’échelle du Parc.
L’observatoire viserait notamment à mieux faire connaître ces initiatives, à impulser d’autres initiatives et à favoriser des dynamiques partenariales sur le territoire. Depuis, cet observatoire est actif.

Objectifs du stage

Le stage avait pour objectif d’aider à la préfiguration de l’Observatoire, de deux manières complémentaires :
  • En dressant une liste des pratiques, projets et initiatives, à la fois publics, privés et citoyens, en matière de transition climatique à l’échelle du Parc et de leurs caractéristiques, afin d’aboutir à une cartographie dynamique en ligne.
  • En analysant ces pratiques, projets et initiatives afin de comprendre comment elles naissent et se réalisent ; comment elles s’articulent avec les politiques publiques de transition climatique ; comment une structure publique comme le Parc peut les repérer, les faire connaître, les encourager, favoriser leur multiplication mais aussi leur articulation avec les politiques publiques.
Aprés l’établissement d’une première liste de pratiques, Ambre Bernard avait pour mission de mettre en œuvre, en collaboration avec les équipes du parc, un  protocole d’enquête visant à repérer ces initiatives et à s’interroger sur leur émergence et leur articulation avec les politiques publiques grâce à la conduite d’entretiens et de focus group auprès d’une diversité d’acteurs (publics, privés, citoyens).

Résumé du rapport de stage d’Ambre Bernard

Ce mémoire explore les dynamiques de la transition écologique citoyenne dans le Marais poitevin, un territoire unique marqué par une forte anthropisation et des enjeux environnementaux majeurs. Réalisé dans le cadre d’un stage au Parc naturel régional du Marais poitevin (PnrMp), ce travail s’inscrit dans une démarche de recherche-action visant à recenser et analyser les initiatives citoyennes locales en faveur de la transition écologique. Il interroge également les relations entre ces initiatives et l’action publique, dans un contexte de tensions socio-politiques et de controverses environnementales.
Le recensement effectué a permis d’identifier plus de 80 initiatives citoyennes, portées par des associations, collectifs, entreprises ou habitants, et couvrant des domaines variés tels que l’agriculture biologique, les énergies renouvelables, l’habitat écologique, l’économie circulaire ou encore le tourisme durable. Ces démarches témoignent d’initiatives citoyennes riches et diversifiées, souvent ancrées dans les spécificités locales du territoire. Elles incarnent une volonté de transformation des modes de vie pour répondre aux défis climatiques et environnementaux.
Cependant, l’étude révèle que la participation citoyenne dans l’action publique environnementale reste souvent limitée et encadrée. Les initiatives perçues comme compatibles avec les orientations stratégiques des pouvoirs publics ont plus de chances d’être soutenues, tandis que les démarches plus radicales ou en opposition avec les modèles dominants sont souvent marginalisées. Cette tension est particulièrement visible dans la controverse autour des réserves de substitution, infrastructures de stockage d’eau pour l’irrigation agricole. Ces projets, soutenus par les pouvoirs publics, sont dénoncés par les militants écologistes comme une forme d’accaparement des ressources et une pérennisation de pratiques agricoles intensives.
Les manifestations contre les réserves de substitution, notamment à Sainte-Soline, ont révélé une fracture profonde entre deux visions de la transition écologique : l’une technocratique et continuiste, l’autre radicale et en faveur d’une transformation sociétale. Ces événements ont également mis en lumière les limites du dialogue démocratique sur les questions environnementales, avec une répression violente et une tentative de marginalisation des voix contestataires.
Ce mémoire invite à réfléchir sur les conditions nécessaires pour une transition écologique inclusive, capable de concilier les savoirs citoyens et les politiques publiques. Il met en avant l’importance de repenser les gouvernances pour intégrer les citoyens dans la construction des politiques publiques, tout en valorisant les initiatives locales comme des laboratoires d’innovation sociale et écologique.